Charlie

charlie

Comme la plupart des artistes, caricaturistes et illustrateurs, je suis sans mots devant la barbarie commise à Charlie Hebdo aujourd’hui. Barbarie commise au nom d’un Dieu qui ne mérite aucunement cela, par des êtres petits, ignobles et d’une imbécilité sans nom; des êtres que je ne suis même plus capable de qualifier d’humains, ayant fait une overdose d’opium du peuple. Tout ça, dans le but d’étouffer des opinions, des idées, des valeurs. Enlever à la Liberté sa parole. Nous refuser le droit de critiquer des gestes politiques, commis par des fous imbéciles, au nom d’une déité quelconque. Un sale prétexte pour se lâcher lousse et laisser sortir le pire de ce que la nature humaine peut offrir.

Je n’ai pas de solution sous la main. Mais je sais que même si bombarder la moitié de la planète semble tentant, ça ne mènera à rien. Ce que je sais par contre, c’est que je ne me tairai pas. Nous ne nous tairons pas. Nous répondrons par la bouche de nos crayons, et ni nos voix, ni nos écrits, ne serons réduits à néant par une horde d’imbéciles, aussi nombreux soient-ils.

ShyGuy Fawkes

shyguy_fawkes

 

Bonne année 2015! Pour commencer en beauté, un petit truc fait rapidement, inspiré de la culture geek et de la contre-culture tout court.

Résolution 2015, publier mes illustrations ici avant de les partager ailleurs. Et surtout, en mettre plus. Amusez-vous!

Quelques illustrations en temps de crise…

Je n’étendrai pas ma prise de position ici face au conflit, vous la connaissez déjà. Seulement, j’ai réalisé trois trucs rapides la semaine dernière. Allez et propagez. Je vais essayer de trouver du temps en fin de semaine pour mettre ça sur des chandails ou quelque chose. Évidemment, si d’autres idées me passent par la tête, je vous fais signe!

Contre la hausse!

J’essaie de comprendre. Le gouvernement gère déjà très mal son argent, et nous voulons lui en donner plus, pris à même les poches de ceux qui ne sont déjà pas en mesure de payer?

Les solutions sont là. Augmenter les redevances minières, vendre plus chère notre électricité aux étrangers, mettre en place un système pour éviter qu’un recteur d’université gagne quatre fois le salaire du Premier ministre, revoir les conditions du Plan Nord, pour éviter que les investisseurs se servent comme dans un buffet chinois en vidant leur fonds de poches. Parce que le manifestant au iPhone et au manteau Canada Goose n’est peut-être plus étudiant depuis un bout, mais appuie la cause. Ou alors il étudie en médecine, mais lui, se soucie du bien-être de la société qui l’entoure. On jase…

Je vais laisser ça ici, ma contribution à la cause.

hausse_frais

Le Patchwork appuie Claude Robinson

Voilà. On ne peut plus clair. J’ai fait mon don, aussi minime soit-il. Et vous?
Parce que selon moi, de dire que Cinar ont du front tout le tour de la tête est ici un euphémisme léger (je retiens mes mots ici). Parce qu’un créateur est clairement bafoué, et que dans le cas qui nous intéresse, dans l’administration de la justice, il y a clairement trop d’administration pour très très peu de justice.
Donnez, et élevez vos voix!
(Je sais que Michel Rabagliati a fait la même chose avec son personnage de Paul, l’illustration et tout. Sans vouloir copier, je veux plutôt joindre ma voix à la sienne, et à celle de milliers de créateurs d’ici qui devraient faire la même chose.)

Rapports annuels et blues de février

Je suis tombé sur cet article ce midi. Un beau débat en perspective.

En gros, on y apprend que des sociétés d’état ont dépensé des sommes faramineuses pour leur rapport annuel, le tout aux frais des contribuables. Hydro, 310 000 dollars pour un rapport annuel tiré à 9000 exemplaires. La Caisse de dépôt. 212 000 pour 4435 copies d’un document de 180 pages.
Mettons les choses au clair : lors de la formation en communications graphiques, on nous donne l’exemple du rapport annuel comme le but à atteindre. Parce que les compagnies cherchent à bien paraître auprès des actionnaires, elles font habituellement appel à la crème des firmes de communications graphiques (sauf moi, mais ça ne saurait tarder!), qui peuvent habituellement se lâcher lousse un peu (on est tout de même encore dans le design corporatif), qui ont l’occasion de produire un ouvrage avec des moyens solides et une certaine ouverture d’esprit de la part du client, et surtout, un pas pire chèque au bout de tout ça. Je reviens justement d’une exposition sur le design québécois où étaient présentés quelques beaux exemples de rapports annuels. Des très belles pièces, audacieuses, agréables à l’œil.
Tant qu’on reste dans l’entreprise privée, ça ne pose pas de problèmes. Les actionnaires d’une grosse compagnie doivent effectivement jubiler de voir atterrir sur la table de conférence un ouvrage finement réalisé qui vient soutenir les chiffres qu’il contient. Même, j’adore cet exemple où une microbrasserie de Portland, qui avait connu une mauvaise année, a imprimé son rapport annuel sur du papier journal, en deux couleurs. Il y a toujours moyen de faire quelque chose d’intéressant…

Par contre, est-ce que nous, contribuables, avons besoin de dépenser tant pour un document qui existe pour rendre des comptes… à l’État, voire à nous-mêmes? Il y a en effet matière à s’interroger. Si on imposait un plafond budgétaire aux sociétés d’état pour le production de leur rapport annuel, est-ce que les agences se bousculeraient encore aux portes pour les réaliser? Est-ce que certaines sociétés comme la SAQ, qui ont une image de marque relativement relevée, souffriraient de remettre au gouvernement un rapport de 25 000$? Je serais curieux de voir. Surtout si on pense à la Caisse de dépôt, qui a perdu l’an dernier à peu près plus d’argent qu’Earl Jones a été capable d’en dépenser, et qui pourrait dépenser dans les six chiffres pour présenter tout cela dans un rapport annuel (remarquez, ils devraient faire appel à une agence de gestion de crise, cette année, au lieu d’une boîte de graphisme…)
•••

Le blues de février tape un peu fort, cette année, je dois vous avouer. Je suis assez occupé ces temps-ci, un gros investissement de temps dans un projet très intéressant (plus de détails début avril, quand ça sera présentable pour vrai), et une formation en démarrage d’entreprise qui m’aide à mettre bien des choses en place. Bref, beaucoup de temps dépensé dans des trucs qui ne mettent pas le caviar sur la table tout de suite.
J’ai griffonné ce truc à la pause entre deux cours, l’autre jour. Je l’ai trouvé mignon, alors je l’ai vectorisé. Ne vous inquiétez pas, tout va très bien dans ma vie à part ce besoin de vacances et de repos. Mais j’étais sur une phase de gribouillage de faucheuses mignonnes, et c’est celle qui a le mieux sorti. Ça serait beau sur un t-shirt ou des autocollants, ça…

Mets ta langue dans ma bouche!

Image Hosted by ImageShack.us

Petite entrée souverainisse ici, en réaction à cette scabreuse histoire.

Il y a une dizaine d’années, pour un cours d’histoire du Québec au cégep, j’avais pondu un essai sur la langue, mon joual de bataille. J’y avais disséqué trois publications de deux époques différentes : Les insolences du frère Untel de Jean-Paul Desbiens, Anna Braillé ène shot (elle a beaucoup pleuré) de Georges Dor et États d’âme, états de langue par un collectif de linguistes dirigé par Marty Laforest (ouvrage qui, soit dit en passant, réfute argument par argument l’essai de Dor). Le sujet, vous l’aurez deviné, l’état du français au Québec.
Une des remarques de mon prof à l’époque était que notre peuple devait se définir en grande partie par notre langue. Pourquoi? Parce que c’est maintenant un des seuls éléments communs que nous avons encore. Depuis quelques décennies, le peuple québécois ne peut plus se définir seulement par son ascendance. Même, la moindre référence à notre pur-lainage suscite de la part de nos voisins outre-Ontario des réactions à peine plus douces que si nous étions des néonazis cannibales pédérastes conduisant des Pontiac Aztek (un point Goodwin pour Patch, mais c’est Jan Wong qui a commencé!). Maintenant que nous partageons notre québécitude avec Fatima, Nguyen et Amadou, que restait-il pour nous affirmer collectivement? Outre de très beaux échanges culturels, nous pouvions nous rallier derrière ce français que nous avons tarabiscoté à notre façon (avec maints emprunts à la langue de Shakespeare de nos voisins, soulignons-le!).
Puis la nouvelle est tombée. Je ne savais pas trop où me mettre : je suis particulièrement ouvert à la culture des autres (oui, j’ai des préjugés, mais j’ai le mérite de les travailler!), mais je m’accrochais aussi à mon dogme linguistique, le peu de stabilité identitaire qu’il me reste. Ceci dit, un argument est sorti dans les médias que je m’étais déjà approprié. On viendra nous chanter Gens du Pays en cantonnais, en yiddish ou en wolof qu’on trouvera ça mignon, attachant et touchant, mais Country People? No Thank you. Pis Speak white, tabarnac.
On n’a pas à aller chercher très loin pour la raison : les anglos ont bouffé du Canadien pendant des siècles, de la Conquête à la Révolution tranquille en passant par l’insurrection patriote. Wolfe, Gosford et Durham ne sont probablement pas les bienvenus à la même table de poker que De Lorimier, Papineau et Lévesque, en haut. À l’époque, cependant, c’est vrai que nous étions sous-représentés sur certains plans, nommément ceux de la politique et de la richesse. Regardons-nous maintenant : L’oppression anglaise est à peu près aussi présente qu’un épisode original de Symphorien ou qu’une Dow bien fraîche. Nous ne sommes pas encore totalement «maîtres chez nous», mais on se fait pas mal moins «mettre chez nous» qu’à une certaine époque. Le peuple québécois se gouverne lui-même (dans les grandes lignes) et est capable d’amasser sa propre richesse (les trois ou quatre mêmes têtes, peut-être, mais ils sont des nôtres!). Disons que j’ai vu des peuples faire un peu plus pitié que nous (allez faire un tour au Chiapas, vous m’en donnerez des nouvelles…)
Rappelons aussi ici qu’on ne parle pas d’artistes venant faire la promotion des belles valeurs impérialistes du Plusse beau pays du monde, mais d’anglophones de souche venant chanter dans leur langue maternelle. La langue de Leonard Cohen, Rufus Wainwright, Arcade Fire. Comme on laisse Marco Calliari chanter Félix et Fiori en italien. Comme Dédé chantait en wolof. Pas parce qu’ils wanted to pogne, parce que c’est leur langue, une partie de leur culture. Parce que je bouffe du sushi, des mangues, du spagatte. Parce que j’ai probablement plus a apprendre, en connaissances et en sagesse, d’un Mohammed, d’une Soledad ou d’un Balazs que de Roger Chose qui n’a jamais même quitté l’île de Mourial.
Il va falloir que je me trouve un nouveau dogme identitaire, mais je crois que je n’aurais pas à chercher trop loin. Celui qui considère ce territoire comme sien, qu’il y réside ou non, qu’il y soit né ou non. Celui qui a la fleur de lys tatouée sur le cœur, qui qu’il soit. Celui qui, par vocation profonde, se considère de la Nation québécoise, sans discrimination. C’est certain que la langue doit aider un peu (je ne suis pas polyglotte, et je ne parle même pas de tous les colons qui «veulent arien savoir des races pis des importés»), mais j’imagine qu’on finira bien par s’arranger pour se comprendre.
Je considère toujours que le français québécois est dans une situation précaire. Que 7 millions contre 350 pour défendre une langue et une culture, ça joue dans la balance. Mais si on ouvre les bras aux autres cultures, il y a moyen de moyenner. Un peu de ta bouffe contre un peu de ma langue, c’est peut-être un incitatif intéressant; certainement plus que Pal don’ françâh, crisse de voleu’ de jobs! Et puis, en terme de culture originale, on repassera : notre cuisine vient de France, d’Italie, d’Angleterre; notre musique, d’Irlande; une partie de notre architecture et de notre urbanisme, de chez les Anglais (encore!), alors un falafel et un tajine (avec un thé à la menthe, s’il vous plaît) contre un disque de Richard Desjardins, ça me semble un marché convenable, non?
Et puis, Blodshot Bill, c’est vraiment bon…
— Patrick Charpentier, citoyen et membre de la Nation québécoise
P.S. J’oubliais, le guitariste de Loco Locass est un anglophone fédéraliste. Mettez ça dans vot’ pipe!

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=Z1-XbZL7Lns&hl=en&fs=1&]